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Les styles de tatouage : les reconnaître, et choisir le vôtre
Les 28 styles de tatouage décrits en une ligne chacun, les quatre frontières qui prêtent à confusion, et comment choisir sans savoir nommer le vôtre.
À retenir
- Il n'existe aucune nomenclature officielle du tatouage. Les listes sérieuses vont de 9 à 34 entrées, et aucune n'a raison contre les autres.
- Nous en distinguons 28, parce que c'est le nombre de cases qu'un tatoueur peut cocher sur son profil. Le tableau plus bas les donne en une ligne chacune.
- Ce qui trompe n'est jamais une famille isolée, ce sont les couples voisins : traditionnel et néo-traditionnel, tribal et polynésien, fine line et minimaliste.
- Vous n'êtes pas obligé de savoir nommer le vôtre. Nous ne le demandons jamais, et nous expliquons plus bas pourquoi.
Vous avez un dossier d'images et pas de vocabulaire. Vous savez exactement ce qui vous plaît, vous seriez incapable de l'appeler autrement que « ce genre de trucs », et vous redoutez le moment où il faudra écrire à quelqu'un du métier sans avoir l'air de débarquer.
Cet article donne les mots. Il donne aussi, et c'est plus rare, la permission de s'en passer.
Il n'existe pas de liste officielle, et c'est important
Aucune institution ne tient le registre des familles graphiques du tatouage. Personne ne les homologue, personne n'en arbitre les frontières. Les recensements francophones des différents styles de tatouage en comptent 9, 11, 12, 15, 16, 20, 22 ou 34 selon la page que vous ouvrez, et chacun présente tranquillement le sien comme étant la liste des styles de tatouage.
Nous en distinguons vingt-huit. Ce n'est pas un chiffre de référence, c'est une décision de produit : ce sont les cases qu'un tatoueur inscrit chez nous peut cocher pour décrire ce qu'il pratique. Nous avons dû trancher des frontières que personne d'autre n'a besoin de trancher, et c'est à ce titre que la liste vaut quelque chose, pas parce qu'elle serait complète. Elle ne l'est pas.
Ce qu'un nom de style engage vraiment
Un nom n'est pas une étiquette décorative : il annonce une façon de travailler la peau, donc un temps de séance, une densité d'encre et une tenue dans le temps.
Trois choses en découlent, qu'il vaut mieux savoir avant de s'attacher à une image :
- Chaque registre a ses limites physiques. Une aiguille ne trace pas ce qu'un écran affiche, et sous le millimètre un détail se referme en tache à la cicatrisation. Certaines familles vivent très près de cette limite, d'autres s'en tiennent loin.
- La durée de la séance en dépend plus que la taille. Nous l'avons détaillé ailleurs : ce qui allonge une séance, c'est le nombre de passages de l'aiguille au même endroit, et c'est le registre qui le fixe.
- Personne ne les pratique tous. Une main entraînée aux aplats noirs n'est pas une main entraînée au modelé photographique. Ce n'est pas une question de talent, c'est une question d'heures.
Les 28 familles, en une ligne chacune
La deuxième colonne dit à quoi la reconnaître sur une image. La troisième nomme la voisine avec laquelle on la confond le plus souvent, et les quatre confusions les plus fréquentes sont reprises juste après.
| Famille | À quoi on la reconnaît | À ne pas confondre avec |
|---|---|---|
| Fine line | Traits très fins, à l'aiguille unique, motifs discrets | Minimaliste |
| Minimaliste | Peu de traits, beaucoup de vide, formes essentielles | Fine line |
| Traditionnel (old school) | Contours épais, aplats de couleurs vives, motifs de flash américain | Néo-traditionnel |
| Néo-traditionnel | Codes du traditionnel avec plus de détail, de volume et de nuances | Traditionnel, new school |
| New school | Traits exagérés, couleurs saturées, esprit cartoon | Néo-traditionnel |
| Réalisme | Rendu photographique, modelé et matières | Portrait |
| Portrait | Visages et figures d'après photo | Réalisme |
| Noir et gris | Encre noire diluée, dégradés doux, sans couleur | Réalisme |
| Surréalisme | Compositions oniriques, collages, échelles impossibles | Trash polka |
| Japonais (irezumi) | Vagues, dragons, carpes, compositions couvrantes | Néo-traditionnel |
| Tribal | Aplats noirs, formes courbes et pointes | Polynésien |
| Polynésien / maori | Motifs océaniens à symbolique codifiée | Tribal |
| Celtique | Entrelacs, nœuds, spirales | Tribal |
| Blackwork | Grands aplats de noir, contrastes francs | Tribal |
| Dotwork (pointillisme) | Volumes construits au point, sans remplissage plein | Blackwork |
| Géométrique | Formes régulières, symétries, lignes construites | Mandala |
| Ornemental | Dentelles, bijoux, frises qui épousent le corps | Mandala |
| Mandala | Rosaces concentriques et symétrie radiale | Géométrique, ornemental |
| Aquarelle | Éclaboussures et coulures, couleurs sans contour | Graphique / sketch |
| Lettrage / calligraphie | Textes, calligraphie, typographies dessinées | Chicano |
| Chicano | Noir et gris latino : lettrages, roses, figures religieuses | Noir et gris, lettrage |
| Biomécanique | Mécanique et anatomie mêlées, effet sous la peau | Horreur / dark |
| Trash polka | Noir et rouge, collage de réalisme et de taches | Surréalisme |
| Graphique / sketch | Trait de carnet, hachures, repentirs assumés | Gravure |
| Gravure | Hachures et tailles à la manière d'une gravure ancienne | Dotwork |
| Manga / anime | Codes graphiques du manga et de l'animation japonaise | New school |
| Horreur / dark | Registre sombre, monstres, atmosphères de film d'horreur | Biomécanique |
| Abstrait | Formes non figuratives, gestuelle, matière | Aquarelle |

Le handpoke, que vous croiserez dans d'autres recensements, n'est pas dans cette liste et c'est volontaire : tatouer à la main, sans machine, est une technique, pas une écriture. On peut faire du minimaliste ou du dotwork en handpoke.
Ces familles ne sont pas figées, et la plus récente se date au jour près : le trash polka a été créé en 1998 par Volker Merschky et Simone Pfaff, au Buena Vista Tattoo Club de Würzburg.
Traditionnel, néo-traditionnel, new school
C'est la confusion la plus répandue, et la plus facile à lever.
Le tatouage old school, ou traditionnel américain, s'est fixé sur les ports dans la première moitié du vingtième siècle, sous l'influence de tatoueurs comme Norman Keith Collins, dit Sailor Jerry (1911-1973). Contour noir épais, palette réduite, motifs de répertoire : ancre, hirondelle, rose, cœur. Il a été mis au point avec les moyens de son époque, et ce handicap est devenu sa force : un contour de deux millimètres reste lisible des décennies.
Le tatouage néo-traditionnel garde ce contour franc et lui ajoute ce que le premier n'avait pas : du volume, des nuances, une palette élargie, parfois un peu de rendu réaliste. Même charpente, plus de modelé.
Le new school pousse ailleurs : le trait se déforme, les proportions s'exagèrent, la couleur sature, et le résultat lorgne vers le dessin animé. Ce n'est pas un traditionnel enrichi, c'est une autre intention.
Le raccourci qui marche : le contour est franc dans les trois. Regardez ce qu'il y a dedans. Aplats simples, c'est du traditionnel. Modelé et nuances, c'est du néo-traditionnel. Proportions impossibles, c'est du new school.
Tribal et polynésien
Ces deux-là se ressemblent à l'œil et ne sont pas du tout la même chose.
Le tribal au sens contemporain est un vocabulaire graphique : aplats noirs, courbes, pointes, symétrie. Il est né aux États-Unis à la fin des années 1970, et Leo Zulueta en est, selon le Grand Rapids Art Museum qui lui a consacré l'exposition Black Waves en 2017, « a pioneer of what is generally called tribal tattooing ». Il s'est nourri des répertoires visuels de Samoa, de Micronésie, de Bornéo, des Fidji et des Marquises.
Le tatouage tribal polynésien est autre chose : un système de motifs à signification codifiée, où la place sur le corps, l'orientation et le remplissage disent quelque chose de précis. On n'y compose pas librement.
La conséquence pratique est simple. Si ce qui vous plaît est le graphisme, dites tribal, et tout est ouvert. Si c'est le système polynésien ou maori qui vous attire, dites-le explicitement : vous cherchez alors quelqu'un qui le connaît, et la conversation ne commencera pas par le dessin.

Fine line et minimaliste
On les emploie l'une pour l'autre, alors qu'elles parlent de deux choses distinctes.
Le fine line qualifie le trait : très fin, posé à l'aiguille unique, sans contour de rattrapage ni remplissage. Le minimaliste qualifie le motif : peu d'éléments, beaucoup de vide, la forme réduite à l'essentiel.
Rien n'oblige les deux à aller ensemble. Un motif minimaliste peut se poser au trait épais, et il vieillira mieux. Une composition dense et chargée peut être entièrement au trait fin, et c'est justement le cas le plus risqué : c'est la famille qui demande le plus de précautions, autant dans le choix du motif que dans celui de la main.
Noir et gris, réalisme, portrait
Trois mots qui se recouvrent souvent dans les mêmes images, et qui ne désignent pas la même chose.
Le noir et gris est une matière : de l'encre noire diluée, des dégradés doux, aucune couleur. La technique s'est formalisée à Good Time Charlie's Tattooland, à East Los Angeles, en 1975, quand Charlie Cartwright et Jack Rudy sont passés de plusieurs aiguilles à une seule pour obtenir ces gris.
Le réalisme est une ambition : restituer le modelé, les matières, la lumière. Il se pratique en noir et gris comme en couleur.
Le portrait est un sujet : un visage d'après photo. C'est le plus impitoyable de tous, parce qu'un écart d'un millimètre sur une bouche se voit immédiatement, alors que le même écart sur un feuillage ne se voit jamais.
Donc : « noir et gris » décrit comment c'est encré, « réalisme » ce que ça cherche à imiter, « portrait » ce que ça représente. Une même pièce peut porter les trois mots à la fois.
Trois questions qui nomment votre famille à votre place
« Quel style de tatouage choisir » n'est pas une question à laquelle un article peut répondre à votre place. En revanche, si vous ne savez pas quoi écrire, ne cherchez pas le mot : répondez à ces trois questions devant vos images, et il tombe presque toujours tout seul.
- Y a-t-il de la couleur, et est-elle saturée ? Du noir seul vous envoie vers le tatouage blackwork, le tatouage dotwork, le noir et gris, le fine line ou le tribal. De la couleur franche vous envoie vers le traditionnel, le néo-traditionnel ou le new school.
- Les contours sont-ils marqués, ou les formes s'arrêtent-elles toutes seules ? Un contour net désigne les écoles traditionnelles et le lettrage. Une absence de contour désigne le réalisme, le noir et gris, l'aquarelle.
- Le dessin imite-t-il quelque chose de réel, ou l'interprète-t-il ? L'imitation mène au réalisme et au portrait. L'interprétation mène à l'ornemental, au géométrique, au sketch, à l'abstrait.
Trois réponses, et vous avez deux ou trois noms plausibles. C'est largement assez pour chercher la bonne main, ce qui est une méthode à part.
Vous n'avez pas besoin de le nommer, et voilà pourquoi
Tout ce champ éditorial part du principe qu'il faut savoir nommer. Nous avons construit le produit sur le principe inverse, et la raison mérite d'être écrite.
Nous ne demandons jamais à un client de choisir sa famille graphique dans une liste. Cela reviendrait à demander à quelqu'un qui n'a jamais été tatoué de trancher entre « néo-traditionnel » et « new school », c'est-à-dire à poser une question d'expert au seul moment où il faut être simple. Vous décrivez ce que vous voulez avec vos mots, et si votre description ne dit rien du registre, ce n'est pas une erreur : « une rose sur l'avant-bras » est une demande parfaitement recevable, et elle ne bloque rien.
La famille graphique ne sert pas non plus à filtrer. C'est la différence de fond avec les annuaires, qui en font une case à cocher pour réduire la liste des tatoueurs. Chez nous elle sert à départager : à secteur et à disponibilité comparables, un motif réaliste part plutôt vers quelqu'un qui déclare pratiquer le réalisme. Mais un registre non pratiqué n'écarte personne. La raison est arithmétique : un filtre viderait les zones peu denses, là où l'unique professionnel disponible doit rester proposé quoi qu'on lui demande.
Ce que l'application en fait
Vous décrivez votre projet comme vous le diriez à voix haute. L'application en tire un aperçu, une taille et une zone, et vous arrivez chez le tatoueur avec quelque chose à montrer plutôt qu'un mot que vous n'êtes pas sûr d'employer correctement.
→ Télécharger l'application Tattooed
Questions fréquentes
Combien y a-t-il de styles de tatouage ?
Il n'existe aucune nomenclature officielle, donc aucun chiffre juste. Les recensements francophones sérieux vont de 9 à 34 entrées. Nous en distinguons 28, qui sont les cases qu'un tatoueur peut cocher sur son profil pour décrire ce qu'il pratique. C'est un choix de produit, pas une référence.
Le handpoke est-il un style de tatouage ?
Non, c'est une technique : tatouer à la main, sans machine. Elle est compatible avec plusieurs registres, et on peut faire du minimaliste, du dotwork ou du lettrage en handpoke. C'est pour cette raison qu'elle ne figure pas dans notre liste de familles graphiques.
Un tatoueur ne pratique-t-il qu'un seul style ?
Presque jamais un seul, mais jamais tous non plus. Une main entraînée aux aplats noirs n'est pas entraînée au modelé photographique. C'est pourquoi la famille graphique sert chez nous à départager les professionnels, et non à les filtrer : un registre non déclaré n'écarte personne de la recherche.
Peut-on mélanger deux styles dans un même tatouage ?
Oui, et beaucoup de pièces contemporaines le font. Deux réserves : les mélanges qui fonctionnent associent le plus souvent des registres compatibles techniquement, et il faut une main qui pratique les deux. Montrez vos deux références ensemble dès le premier message, jamais l'une après l'autre.
Quel style choisir pour un premier tatouage ?
La réponse honnête est que la question n'est pas là. Un premier tatouage réussi tient à une taille suffisante, à une zone qui garde bien l'encre et à une main entraînée au registre choisi. Prenez le registre qui vous plaît depuis le plus longtemps, pas celui réputé le plus simple.
Faut-il connaître le nom de son style avant de contacter un tatoueur ?
Non. Décrivez ce que vous voulez avec vos mots et montrez deux ou trois images : un professionnel identifie le registre en quelques secondes. Arriver avec un nom approximatif est d'ailleurs moins utile que d'arriver avec des références claires, parce que le nom peut envoyer la conversation dans la mauvaise direction.
Écrit par Benoît Contou, fondateur de Tattooed. Sources vérifiées le : Grand Rapids Art Museum, Black Waves: The Tattoo Art of Leo Zulueta, 2017 ; Good Time Charlie's Tattooland ; Tattoo Archive pour les dates de Norman Keith Collins.
Les descriptions de cet article servent à mettre un mot sur une envie. Elles ne remplacent pas l'avis de votre tatoueur, seul à savoir ce que son registre permet sur votre peau et sur la zone visée.